Quelle attractivité des métiers du numérique pour les femmes ?

C’est la question à laquelle tente de répondre le Syntec Numérique et l’OPIIEC, dans une étude publiée le 8 mars 2016 qui fait la lumière sur l’attractivité des métiers du numérique et de l’ingénierie pour les publics féminins en France.
Femmes et numérique, voir au delà des chiffres
Les femmes sont peu représentées dans les métiers du numérique. Les chiffres sont largement connus et partagés : 28% de femmes exercent dans le numérique et si l’on écarte les fonctions transversales et support, ce chiffre tombe sous la barre des 12% (Source Syntec Numérique).
Dans l’entreprenariat innovant, le constat est encore plus inquiétant : 9% des startup françaises sont créées par des femmes (Source EY étude startup 2015).
Et bien que les différentes sphères de la société se soient emparées du sujet : gouvernement, entreprises, associations, réseaux, écoles… rien n’y fait, les données stagnent voire régressent. Il fallait donc aller chercher en profondeur les raisons de cette faible attractivité des métiers du numérique pour les femmes ici en France.
Car l’enjeu de la mixité dans les métiers du numérique est plus qu’un effet de mode. Il est ici question de l’avenir de notre société. Les femmes représentent 50% de la population mondiale, elles sont aussi un vivier de talents à explorer pour les entreprises du secteur numérique (ESN). Un secteur qui, faut-il le répéter, est en pleine croissance, créateur d’emploi  – 12 000 emplois crées en 2014 – et de valeur. Le numérique est partout et même s’il représente aujourd’hui 5% du PIB français et contribue à 25% de la croissance de notre économie (Source cabinet McKinsey), il connaît une progression rapide.
Le numérique est donc un secteur qui offre de nombreuses opportunités de carrières, avec qui plus est des écarts de salaires femme-homme qui sont moindre (5% comparés aux autres secteurs  avec 19% tous secteurs et toutes catégories confondues). Alors pourquoi ce désintérêt des femmes pour le digital ?

Femmes en numérique : un enjeu de recrutement et de performance
Les entreprises du numérique peinent à recruter et cherchent à élargir le plus possible leur vivier de candidat.e.s.
Chaque jour, des centaines d’annonces sont partagés sur les jobboards et toutes ne trouvent pas facilement leurs recrues. Les femmes représentent donc un véritable potentiel de talents pour pourvoir ces postes, aussi variés soient-ils, de la gestion de projet au développement web. Car se passer des candidatures féminines, c’est aussi se passer d’une capacité à répondre aux besoins et aux attentes des clients. Il en va donc de la performance des entreprises du numérique et de leur positionnement dans l’économie française et/ou mondiale.
Plus de mixité dans les équipes, c’est aussi s’ouvrir à une diversité de compétences, avec plus de performance dans les process et les résultats de l’entreprise. L’OPIIEC le rappelle, les équipes mixtes sont source de plus de créativité mais également d’une plus grande prise en compte des besoins des client.e.s et d’une méthodologie plus pointue (multiplicité des modes de résolutions des problèmes). Autant de facteurs pour favoriser le développement des entreprises !
Inventer le monde de demain : un projet de société mixte
Au delà de l’opportunité pour les femmes de rejoindre un secteur porteur, générateur d’emploi, de croissance, d’évolution de carrière, c’est aussi une action qui relève plus largement d’un acte sociétal.
Ici, nous avons toutes et tous un rôle à jouer : parent, enseignant, professionnel, élus, médias. Le monde de demain, pour fédérer largement, se doit d’être à l’image des citoyens dans toute leur diversité. Femmes, hommes, origine géographique, sociale, valide/invalide. L’invention du monde de demain, dans lequel le digital et la data prennent une importance stratégique, ne peut pas se faire sans les femmes, parce qu’elle représentent la moitié de l’humanité. L’égalité des chances et des droits ne sera possible qu’à partir du moment où toutes et tous oseront prendre part à l’innovation donc au changement que nous souhaitons pour notre monde.
Sensibiliser et encourager les petites filles à comprendre les langages informatiques, à se projeter dans des jeux de construction, à faire du sport en équipe. Et dans les médias, éviter le marketing genré (les ordinateurs pour les garçons)… C’est là que le changement commence.
Un éclairage nouveau sur le sujet des femmes et du numérique
L’étude Syntec Numérique réalisée par l’OPIIEC donne une clé de décryptage nouveau sur les raisons pour lesquelles les publics féminins ne se projettent toujours pas dans le numérique.
Menée auprès de lycéennes, d’étudiantes, de salariées et entreprises de la branche (numérique, ingénierie, études et conseil, métiers de l’événement), l’enquête fait également état des perspectives d’évolution du nombre de femmes susceptibles d’intégrer la filière à horizon 2020 et livre quelques axes pour favoriser l’orientation professionnelle vers ces métiers.
Quels facteurs pour expliquer la faible attractivité des métiers du numérique ?
Plusieurs grands facteurs sont présentés dans l’étude Syntec Numérique / OPIIEC qui relèvent :

  • D’une image de la société fortement sexuée : le numérique est assimilé à un secteur masculin et les clichés sont toujours bien présents dans l’esprit des jeunes femmes.
  • D’une vision des études scientifiques limitée au mathématiques : cette matière est perçue comme difficile pour les jeunes qui pensent que les métiers du numérique ne leur seront accessibles qu’à condition d’exceller dans ce domaine (Serais-je au niveau ?)
  • D’une vision stéréotypée de certaines filières de formation :exemple le Bac STI2D perçu comme une filière réservée ( !) aux hommes
  • D’une méconnaissance des débouchées du numérique et de l’ingénierie : la perception du produit final n’est pas évidente pour les jeunes et les femmes en particulier (un objet connecté, une appli mobile, un site internet… ) et réduisent donc leurs missions à certaines idées reçues comme « faire des lignes de code » ou « bidouiller derrière un ordinateur ».
  • D’une ignorance des métiers de la branche : 50% des lycéennes interrogées ne connaissent pas les différentes familles de métiers du numérique et de l’ingénierie.
  • Et enfin, d’une méconnaissance des entreprises qui constituent l’écosystème numérique.

Si l’on doit regrouper ces critères en actions à mener pour faire bouger rapidement les lignes, 2 grands enjeux se dégagent de l’étude:

  1. Lutter contre les stéréotypes de manière plus soutenue, à tous les niveaux de la société. 

Et ce, plus intensément dans les messages de communication des entreprises à l’attention de leurs publics, dans les démarches de recrutement et les stratégies de marque employeur.
Dans les écoles, en sensibilisant les enseignants au numérique, comme facteur de créativité et d’innovation, pour l’ensemble des élèves, en veillant à sensibiliser plus particulièrement les filles.
A la maison, en tant que parent, pour ne pas placer la sphère de informatique, de la technologie au sens large, dans le périmètre des garçons.

  1. Faire connaître les métiers du numérique et les ESN 

Comme le souligne si justement Sheryl Sandberg, numéro 2 de Facebook, « On ne peut pas être ce qu’on ne voit pas ».
Les associations, les enseignants, sans oublier les conseiller.e.s d’orientation et les parents qui ensemble jouent un rôle majeur dans les enjeux d’orientation professionnel, doivent renforcer leurs actions pour mieux connaître et faire reconnaître les métiers du numérique.
Avec l’aide des entreprises du numérique, ces acteurs et actrices de l’orientation peuvent insuffler le changement dans les parcours des enfants.
Le numérique est partout et pourtant il reste mal connu, difficile à expliquer. Certes, il semble plus aisé de se projeter dans le métier d’un.e infirmier.e, d’un.e conducteur(trice) de train ou d’un.e enseignant.e. C’est ici que les rôles modèles peuvent représenter un levier pour donner aux jeunes filles, une image plus humanisée du numérique. La force du témoignage est un moyen d’agir très efficace.
C’est pourquoi il faut continuer de montrer des femmes qui réussissent dans le numérique, dans l’innovation, afin que demain, femme ou homme, chacun.e puisse se projeter dans ces métiers.
Dernier volet de l’étude, proposer une projection des femmes dans le numérique en 2020. Si l’on considère comme propose l’analyse des données présentées dans l’étude, le volume de jeunes femmes qui pourront être disponibles en 2020 au recrutement en sortie de formation initiale, les taux de progression demeurent faibles.
Avec une moyenne de 30% de femmes dans le numérique en 2020, le taux annuel de progression est de + 0,78% par an pour les formations et de +1,12% pour l’emploi.
Autant l’avouer, les efforts ne sont pas suffisants aujourd’hui pour accompagner la mutation de ce secteur vers plus de mixité. Les clés pour agir sont désormais identifiées. Reste les volontés à mettre en ordre de marche pour ensemble, faire évoluer plus rapidement le nombre de femmes dans les métiers du numérique.

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